Notre message de rentrée

En cette rentrée 2023, l’Education Nationale est à la croisée des chemins. 

On ne peut plus écrire comme nous le faisions en 2019 que « tout se passe à l’Education Nationale comme s’il ne se passait rien sur Terre ». Soyons clairs, EPLP s’en réjouit. Indéniablement, des choses se mettent en mouvement : tout particulièrement la formidable progression de la pratique de la classe dehors, et la multiplication des déminéralisations de cours d’école. Ce sont deux signaux très positifs, et ils ne sont pas les seuls. Un rapport ambitieux a été rédigé par l’Inspection générale.  S’il n’est pas enterré dans les mois qui viennent,  il pourrait initier les changements que nous attendons depuis longtemps, notamment en termes de formation des enseignants. Merci Mme Dupuis et vos équipes pour cet ambitieux document. 

Plus largement, nous ne saurions  déplorer que le gouvernement veuille intégrer les questions environnementales dans l’évaluation des élèves qui le veulent. Ni que le Président souhaite que des arbres soient plantés dans les écoles. En retour, nous n’aurons pas la naïveté de penser que ces propositions répondent véritablement à la demande de la communauté éducative et nous alertons sur le risque de greenwashing qu’elles comportent. 

Le président de la République annonce la plantation d’un arbre par chaque collégien. L’idée peut séduire, mais planter de jeunes arbres ne peut remplacer une véritable sensibilisation des élèves à la protection des arbres adultes, qui seront leurs meilleurs alliés contre les canicules futures.

Le gouvernement propose une évaluation de tous les élèves volontaires sur les thématiques EDD. Une bonne idée au départ, qui a été dévoyée : en effet, une évaluation des élèves doit se faire  pour tou.te.s les élèves, et ce après une formation digne de ce nom . Par ailleurs, plutôt que de les évaluer en leur demandant d’imaginer des projets dont la réalisation leur échappera longtemps, on serait bien inspiré de leur apprendre à évaluer les projets qui jaillissent autour d’eux, sur leur territoire.  Et qui ne sont justement pas toujours aussi vertueux qu’ils le prétendent, tels que les projets d’école numérique qui fleurissent sans contrôle, malgré les alertes

On espère que ce ne sera pas le cas des chantiers de rénovation thermique, impératif absolu des années à venir. Certains de nos élèves et de nos collègues ont effectué leur rentrée dans des salles de classe à 40°. En cause, l’isolation désastreuse du bâti scolaire en France. La grande enquête commandité par le Ministère ces dernières années ne suffit pas. Un moratoire doit être décidé pour tous les projets de construction, car beaucoup ne sont absolument pas adaptés aux changements climatiques actuels. Et il faudra attendre des années pour que les arbres promis par la rue de Grenelle pallient les défauts structurels des écoles, collèges, lycées et universités.

A l’inverse, la discussion autour des enjeux de décroissance et de nouveau régime climatique peut commencer ou se poursuivre dès maintenant avec nos élèves. Les questions qui ont fusé dans nos classes, dés les premiers jours, au sujet des canicules et des incendies de cet été, attestent que nos élèvent attendent des réponses sincères et des pistes concrètes face à l’horizon sombre qui se dessine devant eux. Cette année encore, EPLP fera de son mieux pour accompagner les collègues qui ne se résignent pas à abandonner les élèves aux promesses d’un verdissement à venir, mais qui veulent donner à ces derniers des outils et des ressources pertinents pour grandir et se construire dans un monde qu’il faut apprendre à réparer et malgré tout, à aimer.

Nous vous souhaitons, à vous et vos élèves, une bonne rentrée.

Le collectif EPLP

Un commentaire

  1. Bonjour,

    Tout d’abord, à la lecture de votre message de rentrée, et au milieu du déferlement de mauvaises nouvelles sur l’état de notre planète, cela fait quand même du bien de voir que certains trouvent encore de la motivation pour se battre. Merci à vous !

    Je voudrais apporter 2 commentaires :

     » Le gouvernement propose une évaluation de tous les élèves volontaires sur les thématiques EDD ». Il faudrait rapidement que l’Éducation Nationale comme toutes nos institutions parvienne à se détacher une fois pour toutes de la notion obsolète de Développement Durable. Celui-ci qualifie une croissance économique qui serait compatible avec les limites du monde fini matérialisé par la planète Terre. Toutes les conséquences néfastes de la croissance économique seraient comme par enchantement solutionnées par un développement dit « durable ». Et si on parlait tout simplement d’écologie ? Et si on ne parlait plus de croissance ?
    Les transports sont le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre. Quelle responsabilité a l’Éducation Nationale sur ce sujet ? Il suffit d’interroger quelques collègues autour de nous pour prendre conscience des distances importantes parcourues chaque jour par les enseignants français. Et ces déplacements se font dans leur immense majorité en voiture thermique. Il me semble que la logique qui gouverne le système des mutations et affectations devrait intégrer et mettre au premier plan le critère de limitation des déplacements. Et j’ai la faiblesse de penser que quelqu’un qui se verrait affecter à proximité de chez lui aurait plus de plaisir à aller travailler…

    Merci de m’avoir lu. Cordialement

    Bruno Carton

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