Deux membres d’EPLP témoignent de leur expérience de débitumisation d’une école de Grenoble.

Contexte

Nous rêvons d’un jardin partagé, inter-générationnel, convivial & éducatif dans et à côté de la cour de l’école élémentaire Alphonse Daudet à Grenoble.

Dans la dynamique portée par le réseau des Enseignantes Pour la Planète (EPLP),[1] et à l’initiative d’enseignantes de l’école, la création d’un espace de biodiversité et de jardinage est la première étape vers une débitumisation & végétalisation de la cour de l’école ainsi qu’à l’émergence d’une communauté d’apprentissage.

Nous aimerions ici témoigner des avancées de ce projet.

Le projet prend place dans la ville de Grenoble avec une mairie issue du parti d’Europe Ecologie Les Verts, de la France Insoumise et des citoyennes. Le quartier où se situe l’école Alphonse Daudet est un quartier urbain défavorisé d’une ville très densément peuplée. L’école fait partie du Réseau d’Éducation Prioritaire (REP), c’est donc plutôt un quartier ghettoïsé[2] avec une population défavorisée. Les espaces verts ne sont pas nombreux, et certains enfants ne sortent pas beaucoup du quartier ou de la ville. Pour certains, ils ne sont même jamais allés au seul endroit moins urbanisé de la ville, la Bastille.

Il s’agit dans un premier temps d’améliorer les conditions d’apprentissage de la communauté scolaire d’Alphonse Daudet, à travers la création d’un jardin pédagogique, puis de construire une communauté d’apprentissage en s’ouvrant sur le quartier (l’association des parents d’élèves, maison de retraite, centre de loisirs etc.). Les enjeux sont pédagogiques, psycho-sociaux et environnementaux.

Présentation du projet

Ce projet d’intervention est accompagné par la branche française de l’association internationale WWF en maitrise d’ouvrage. L’école fait partie d’un des dix projets pilotes en France qui définissent la stratégie éducative de WWF qui souhaite favoriser le développement du sentiment d’appartenance à la nature, la découverte de la biodiversité, le développement d’une sensibilité environnementale, l’empowerment, et une alimentation plus durable.

L’association locale Brind’Grelinette (BdG) est en maitrise d’œuvre du projet sur toute la partie jardinage.

Le partenariat s’est élargi à la Ville de Grenoble, porté par la volonté des élues aux « Écoles » et « Nature en ville, espaces publics, biodiversité et fraîcheur » de débitumiser la cour d’école, de végétaliser l’école et la rue principale qui passe devant celle-ci. À ce jour, nous ne savons pas encore comment se déroulera ce processus.

         Par ailleurs, le contexte particulier et perturbateur de la pandémie liée au Covid-19 a entrainé des perturbations et retards dans le déroulement du projet (temps de travail en équipe avec les professeur.e.s, sorties pédagogiques). Mais c’est finalement la bureaucratie qui s’est montrée la plus gênante quant à l’obtention d’une parcelle de terrain attenante à la cour d’école que nous voulions cultiver en jardin pédagogique. Malheureusement, nous ne pourrons pas bénéficier de cette parcelle appartenant à la CAF malgré les appuis des élus de la ville de Grenoble et cela a pris plusieurs mois pour avoir cette réponse négative.

Les activités mises en œuvre et animées depuis septembre 2020 ont été :

– des animations pédagogiques en salle de classe pour trois classes afin de travailler sur les représentations sociales des enfants du jardin et leur vécu lors de sorties au jardin pédagogique de la ville de Grenoble ;

– une animation pédagogique dans la cour d’école pour commencer la mise en œuvre du jardin pédagogique avec les trois classes : trois ateliers en petits groupes avec la construction d’une butte en lasagne auto-fertile, de semis en bacs et d’observation de la faune des décomposeurs dans du compost afin de se familiariser avec le jardinage : le vivant, les outils, ce qui est « sale » ;

– une sortie en forêt pour une classe de CP afin de favoriser le sentiment d’appartenance avec la nature ;

– une réunion technique avec les services de la ville de Grenoble afin de faire une première évaluation des possibilités techniques d’aménagement des cours de l’école via la débitumisation ;

– quatre réunions de travail – le Conseil des Maitre.sse.s – avec le quasi ensemble des professeur.e.s de l’école afin de susciter la participation et de formaliser, peu à peu, un projet d’école ; un travail sur les envies et les freins de l’équipe ; un travail sur le projet d’aménagement de la cour d’école via la débitumisation en lien avec l’équipe d’animateurs.trices du péri-scolaire.

Approches pédagogiques, difficultés rencontrées et perspectives

Les approches pédagogiques privilégiées durant les temps d’animation en classe et en forêt – c’est à dire ceux qui n’ont pas été conçus par BdG – ont été celles :

– qui s’inscrivent dans le « courant de l’éco-éducation » de l’Éducation relative à l’Environnement (ErE), notamment portée par Dominique Cottereau, dans son ouvrage « Alterner pour apprendre. Entre pédagogie de projet et pédagogie de l’éco-formation[3]» avec une alternance des méthodes objectives et des méthodes subjectives, une alternance des méthodes intellectuelles et des méthodes de l’imaginaire, une alternance de la construction des savoirs et du laisser jouer dans une approche globale de pédagogie de projet;

– celle qui s’inscrivent dans le « courant holistique » de l’ErE avec des explorations libres, des visualisations, des ateliers de création dans une logique d’intégration de stratégies complémentaires.

De façon collaborative ou coopérative, nous souhaitons désormais, peu à peu, lors de nos temps de travail, susciter une démarche de communauté d’apprentissage qui fédère davantage notamment via la construction de la stratégie pédagogique et du processus d’évaluation.

Les difficultés rencontrées ont été celles d’avoir du temps en commun parmi la communauté engagée afin d’échanger sur notre culture éducative et sur la manière dont nous voyons ce projet : la stratégie pédagogique, les valeurs qui la portent, évoquer les éducateurs.trices que nous sommes, les buts et finalités, etc. Nous venons d’univers différents, avec des pratiques qui divergent, nous inscrivant dans des réalités structurelles différentes entre le milieu formel de l’Éducation Nationale, non-formel de l’association BdG et la culture de l’ErE.

Notre intervention s’est globalement faite prendre dans un cadre structurel contraignant, avec une temporalité qui ne concorde que trop peu avec la temporalité environnementale, ou avec celle du besoin de temps, de récurrence, de ritualisation pour que les enfants rencontrent réellement « l’autre-qu’humain ». Ceci nous renvoie au propos de Berryman[4] (2012) qui fait le constat que la forme scolaire ne peut être celle de l’ErE sans modification profonde, et notamment celle de laisser de la place à des formes éducatives dégagées du cadre idéologique, des postures, pratiques, et exigences de l’école. Berryman questionne même les fondements de la forme scolaire de socialisation.

Le projet de débitumisation – voir le plan du projet porté par les équipes des professeur.e.s et des animateurs.trices du péri-scolaire – reste encore à être concrétisé par les élus et les services de la ville de Grenoble. Nous nous réjouisssons de la débitumisation partielle des cours cycles 2 et 3 pendant les vacances de Pâques.

Julia Wilke & Sébastien Prévot, mars 2021

Présentation des auteurs :

Nous, Julia (professeure des écoles en disponibilité) et Sébastien (bénévole & militant Pour une Ecologie Populaire et Sociale), contribuons de manière bénévole, en soutien à l’équipe enseignante et à l’association Brin d’Grelinette, à la planification et au déroulement du projet … à travers des outils de l’éducation relative à l’environnement/d’éducation populaire. Nous avons suivi une formation à distance en Education relative à l’environnement avec l’université UQAM à Montréal et nous nous investissons dans ce projet concret au sein de notre milieu de vie.


[1]https://enseignantspourlaplanete.com/2020/03/12/appel-pour-la-debitumisation-et-la-revegetalisation-des-cours-decole/

[2]http://ses.ens-lyon.fr/les-fiches-de-lecture/le-ghetto-francais-enquete-sur-le-separatisme-social–25728

[3]http://reseauecoleetnature.org/system/files/alterner-apprendre-07.pdf

[4]https://journals.openedition.org/ere/1280