Nous, Rafaëlle Bove (enseignante en CP à l’école élémentaire Daudet à Grenoble) et Julia Wilke (enseignante en disponibilité et bénévole à l’association Brin d’Grelinette), souhaitons apporter un éclairage sur les actions concrètes menées avec les élèves de l’école durant ce printemps/été 2021 ainsi que l’évolution du projet de débitumisation au sein de l’équipe enseignante.
Avec beaucoup de joie et d’enthousiasme, nous avons accueilli la décision de la mairie de Grenoble de décroûter partiellement les cours d’école (côté cycle 2 et cycle 3) pendant les vacances d’avril. Cela nous a laissé le temps d’investir ce nouvel espace jardinier avec les élèves impliqués dans le projet et d’élargir la communauté autour du jardin encore pendant cette année scolaire.
Nous allons faire un retour sur les actions ménées dans les deux cours de l’école et témoigner des répercussions sur les élèves et l’équipe pédagogique. Puis, nous détaillerons notre expérience lors des sorties jardin/forêt annexes proposées à un grand nombre des classes. Pour finir, nous témoignerons des points critiques ou des difficultés rencontrées ainsi que de la suite envisagée au projet.


1. Actions concrètes menées dans les deux cours de l’école
Les élèves, déjà sensibilisé.e.s pour certain.e.s au jardinage suite à des animations de la Métropole de Grenoble dans un jardin collectif, ont pu poursuivre cet apprentissage et la mise en pratique dans les espaces dédiés dans les cours de notre école. Ainsi, de très nombreuses activités leur ont été proposées sous forme d’animations menées avec l’association Brin d’Grelinette, au jardin ou dans les classes, ou directement avec l’enseignant.e chargé.e de sa classe, par petits groupes. Les élèves ont été impliqué.e.s dans l’installation des cours d’école et se sont investi.e.s de la plantation jusqu’à la cueillette.

 A travers divers jeux, ils et elles ont pu découvrir les plantes à mettre en culture selon les saisons, les différents légumes et fruits que l’on rencontre au jardin (pas seulement les plus classiques, radis, carottes, pommes de terre, tomates, fraises, mais aussi courges, épinards, blettes, salades, haricots, petits pois, maïs… ainsi que différents aromates, basilic, romarin, persil, thym, ail…) ; ils et elles ont appris de quelle manière mettre en terre les différentes graines, à faire des semis, comment disposer les cultures en fonction de leurs affinités, comment entretenir la terre, comment arroser sans brûler les feuilles ; ils et elles ont également appris à faire des « lasagnes », comment installer différentes couches de matière organique alliées à des matières sèches, et comment réutiliser cette matière quand on en a besoin, comment protéger la terre avec un paillage.Toutes ces activités leur ont permis de manipuler et de se servir des outils comme de vrais jardiniers.

La plupart d’entre eux/elles ne l’avaient jamais fait.A travers les préparations aux lasagnes, un enseignement du compost leur a été donné afin de recueillir les matières nécessaires mais aussi leur apprendre à nourrir la terre.

Bien sûr, l’observation des petits bêtes du sol leur a beaucoup plu et beaucoup d’entre eux/elles ont vaincu leur appréhension de ces animaux parfois perçus comme disgracieux.Chaque jour, les élèves entretenaient seul.e.s le jardin (sous l’observation de l’enseignant.e référent.e) en arrosant, observant les cultures, ramassant les fruits mûrs, enlevant les mauvaises herbes, observant les abeilles et les insectes présents sur les tiges. Nous les avons trouvé.e.s à l’écoute, respectueux.ses du monde environnant, curieux.ses aussi.Le ramassage des fruits et légumes a été l’objet d’un grand contentement parmi les élèves puisqu’ils/elles ont vraiment effectué la boucle de la terre à la bouche. Ils/elles ont ainsi goûté leurs productions et ont pu ramener des salades, des pommes de terre, des radis, des fraises en quantité suffisante pour les montrer et les manger avec leurs parents, source de grande fierté.D’autres activités annexes ont été menées : fabrications d’hôtels à insectes accrochés aux arbres, fabrications d’étiquettes de couleurs pour les plantes, décorations pour le jardin (galets décorés, piquets peints, dessins…), tri et senteur d’aromates, observations des couleurs du jardin, jeux sur les légumes, investissement de l’espace du jardin en fabriquant des maquettes de l’espace envisagé comme un grand rêve, dessins de ses ressentis, de ses préférences… 

2. Le retour de l’équipe enseignante (juin 2021)
L’équipe enseignante a rapidement adhéré au projet de jardinage. Ce qui, au départ, n’était qu’un projet porté par deux enseignantes, est rapidement devenu un projet d’école. Pratiquement tou.te.s ont pris part aux activités, à différents degrés d’implication. Tou.te.s ont constaté l’intérêt de ces espaces pour les enfants. Notre école, extrêmement bétonnée et enserrée au milieu d’immeubles de grande hauteur, laissait peu de place à la verdure et à l’esthétique que procure un jardin. Outre ces considérations esthétiques et d’agréments notamment par rapport à la chaleur, les élèves se sont senti.e.s mieux. Beaucoup demandaient à sortir dans le jardin pour lire et se relaxer. Chaque récréation constituait un moment de partage, d’observation, d’enthousiasme pour beaucoup. Certain.es ont délaissé les jeux de ballon pour entretenir les espaces. D’autres étaient là seulement pour se reposer, être calme, à l’abri de l’agitation des cours d’école.Nous avons noté un véritable engouement et mieux-être chez de nombreux.se.s élèves dans notre établissement, situé en REP, accueillant un public diversifié et parfois socialement défavorisé et complexe. Les enfants agité.e.s, en difficulté relationnelle, ont appris à mieux se canaliser, seul.e.s ou en groupes, dans des espaces qui leur permettent de toucher la matière, la déplacer, occuper leurs mains et leurs esprits de façon plus apaisée. Nous les avons senti.es impliqué.e.s et heureux.ses de s’occuper concrètement.Plusieurs enseignant.e.s ont pu également faire davantage classe en extérieur sous les arbres et près du potager avec des lectures, des animations autour du jardin, mais pas seulement.
En complément et afin d’ouvrir pour les élèves le lien à la nature en général, plusieurs sorties ont été programmées au-délà des animations jardin à l’école telles décrites ci-dessus.       


3. Les sorties au jardin partagé de la Poterne, Grenoble
Durant les mois de mai et juin, 6 classes de l’école Daudet ont pu vivre une journée au jardin partagé de la Poterne, qui fait partie des jardins gérés par l’association Brin d’Grelinette. En fonction des envies des enseignantes et de la disponibilité des jardinières, différentes activités ont été proposées aux enfants. 
– Rallye photo du jardinCourse d’orientation au sein du jardin grâce à des photos et d’un plan réalisé.
– Parcours pédo-sensorielLes élèves, pieds nus et yeux bandés ont été guidés par un adulte pour traverser ce parcours avec du sable, des cailloux, de la terre, du broyat, de l’eau, des feuilles et de la paille.). 


– Création de parfum Découverte du coin ‘herbes aromatiques’ du jardin et création de parfum avec un gobelet et des feuilles d’herbes écrasées. 
– Jardinage auprès des jardinières bénévoles Dans un esprit intergénérationnel, nous avons proposé aux jardinières d’intervenir bénévolement auprès des enfants et elles ont planté, semé, arrosé, creusé, gratouillé la terre avec elles/eux par petits groupes et à travers cela transmis leur passion pour les plantes. 


– Cuisine avec la récolte du jardin Lors d’un projet de 2 classes de CM autour de l’alimentation, l’association Brin d’Grelinette a organisé des ateliers de cuisine au jardin. L’objectif était de sensibiliser les enfants à la richesse de ce qui y pousse, de récolter sur place et de transformer des légumes, des herbes aromatiques puis de déguster ensemble nos réalisations (pesto, tartinades, chapatis, jus de légumes, gâteau à la courgette, beignets de feuilles de consoude)

4. Les sorties en forêt, proche de Grenoble
L’idée était d’amener les élèves dans un environnement différent que celui du jardin afin qu’ils puissent y vivre d’autres expériences riches et épanouissantes avec la nature et, pour certain.es simplement découvrir pour la première fois ce que c’est qu’une forêt. 
Pour structurer notre temps dehors, la base était les principes de l’apprentissage « flow (fluide)» développé par le pédagogue de nature Joseph Cornell. Ainsi, les activités proposées tendent à correspondre aux besoins et à la disponibilité émotionnelle des enfants.  Voici les 4 grandes étapes qui ont rythmé la journée :
1. Réveiller l’enthousiasme (moment de partage collectif, jeu coopératif )2. Percevoir avec une pleine concentration (jeux artistiques, sensoriels) 3.Vivre une expérience immédiate (jeu libre, marche solitaire) 4. Partager son expérience avec les autres 


Les restrictions et impacts liées au contexte sanitaire ont refroidi quelques enseignantes à organiser ces sorties, mais nous avons néanmoins vécu 2 journées en forêt avec une classe de CP, une en novembre et une en juin.Voici un petit retour sur les activités vécues :
– La ronde du « dehors » On essaie de former une ronde et ainsi de se lier à partir de choses qu’on aime ou qu’aime faire dehors – en forêt, au lac, au parc, en montagne, à la mer.
– Cache cache (2-3 élèves cherchaient les autres)
– Chasse aux trésors Chaque enfant ramasse des objets qui lui plaisent dans un sachet en papier – cailloux, graines, herbe, fleurs, mousse, branches, feuilles, … 
– Cercle sensoriel des trésors Les enfants sont assis en ronde, les yeux bandés, silencieux, manipulent les objets choisis par un adulte à tour de rôle.


– Land Art avec les trésors Avec les éléments trouvés, les enfants choisissent un support qui leur plaît – souche, clairière, tronc, …- puis font une création qui a du sens pour eux


– Marche solitaire Un adulte marche sur un chemin clairement établi, dès que le groupe ne le voit plus, un enfant commence à marcher derrière lui, puis ainsi de suite, un autre adulte ferme la marche ; à l’arrivée nécessité de faire du silence.


– Jeu libre Dans une zone intéressante en forêt : présence de grands troncs pour grimper, cabane à moitié construite, rochers.


– Compter les sons Les enfants s’assoient et ferment les yeux, puis on invite au silence afin de se concentrer sur les sons environnants ; elles/ils les comptent sur leurs doigts jusqu’à dix.

5. Quelques points d’amélioration
Bien sûr, notre projet étant à ses débuts, nous avons rencontré quelques difficultés qu’il faudra essayer de pallier l’an prochain :
– Les contraintes sanitaires ont été assez lourdes à gérer cette année, nous obligeant à instaurer des tours de récréation pour tous les niveaux. Cela a engendré des difficultés d’organisation en terme de place dans la cour pour jardiner et aussi des nuisances sonores assez déplaisantes quand les élèves du jardin et celles et ceux de la cour cohabitaient. Nous avons pu constater à quel point les cours d’écoles sont bruyantes, occasionnant beaucoup de stress et de fatigue pour tout le monde.
– améliorer le système d’arrosage et d’évacuation de nos cours. Pour le moment, les élèves font des allers-retours avec les arrosoirs aux robinets, ce qui occasionne beaucoup de désagréments pour le personnel de ménage et bouche parfois les évacuations. Nos cours sont vite inondées par temps de pluie, probablement à cause du broyat qui coule vers les évacuations, et cela abîme le jardin.
– Nous devons élargir notre démarche à l’ensemble de la communauté éducative, aux parents et aux associations locales de quartier afin que le jardin vive toute l’année, même pendant les vacances scolaires. Nous avons manqué de temps cette année pour cela.
– La cour arrière de notre école a subi quelques préjudices de dégradation car elle est enclavée et cachée de la rue. Des plantations ont été arrachées, des décorations abîmées, du matériel volé… Des actions de sensibilisation, notamment via les acteurs/actrices de quartier, doivent être menées.
– Afin de prévenir les vols de matériel, il serait bon d’installer un local idoine pour entreposer les outils nécessaires et ainsi éviter de les laisser dans les cours ou de courir à travers toute l’école pour les récupérer.
– Enfin, il est évident que ce type de projet est extrêmement énergivore pour les enseignant.e.s qui le portent. Il faudrait pouvoir dégager du temps, notamment à travers des formations adaptées pour que celles et ceux qui souhaitent s’investir sachent comment le faire au mieux et que le projet soit pérenne à travers le temps.

6. La suite envisagée
Nous espérons vivement poursuivre nos activités l’année prochaine et agrandir encore l’espace à jardiner. La ville de Grenoble s’est engagée à débitumer une partie de la cour et à installer un système d’arrosage plus performant que l’actuel.La WWF s’est d’ors et déjà engagée à poursuivre une partie de son financement pour des formations pour l’année à venir ainsi que pour bénéficier de l’accompagnement du partenaire local Brin d’Grelinette qui va s’investir par des interventions ciblées, notamment auprès des classes de CP.Deux classes de grands (CM1 et CM2) bénéficieront également d’un accompagnement via des financements de la Métropole de Grenoble.Nous avons également demandé des financements auprès de la Cité éducative afin de pouvoir bénéficier de formations adaptées à destination des enseignant.e.s et pouvoir allier le périscolaire dans notre démarche.