Eco-délégué.e : que disent les textes officiels?

Les éco-délégué.e.s ont une reconnaissance officielle depuis la circulaire du Ministère de l’Éducation nationale N°2015-018 de février 2015, renforcée par la circulaire n° 2019-121 du 27 août 2019.

Extraits de cette dernière circulaire :

La mobilisation des élèves implique que certains d’entre eux assurent la promotion de comportements respectueux de l’environnement. A minima, chaque collège et lycée désignera un binôme paritaire d’éco-délégués par établissement dès l’année scolaire 2019-2020, soit 20 000 éco-délégués d’établissement. Ces binômes d’éco-délégués seront élus, au collège et au lycée, parmi les membres volontaires du conseil de vie collégienne/lycéenne, ainsi qu’au sein du conseil académique de la vie lycéenne (CAVL) et du Conseil national de la vie lycéenne (CNVL). Au-delà, chaque établissement est incité à organiser l’élection, dans chaque classe, d’un éco-délégué qui aura pour rôle de promouvoir les comportements respectueux de l’environnement dans sa classe (extinction des lumières, par exemple pendant les récréations ou pauses méridiennes, usage raisonné des chauffages, etc.) et de proposer toute initiative de nature à contribuer à la protection de l’environnement dans son établissement. Cette élection peut utilement intervenir concomitamment aux élections des délégués d’élèves et selon les mêmes modalités. Alors que les collèges et lycées comprennent près de 250 000 classes, l’effet levier d’une telle initiative est considérable et doit donc être fortement encouragé

L’existence des éco-délégué.e.s n’est donc pas obligatoire, même si elle est encouragée. Les textes officiels sont également flous sur le mode de désignation et sur le rôle des ces élèves.

Le journal Libération avait fait un premier bilan de ce dispositif, en interrogeant EPLP. L’article est à retrouver ici.

Eco-délégué.e.s : les propositions d’EPLP

Quel sens donner à ce statut ?

Nous proposons de voir dans ce statut d’éco-délégu.é. un outil pour pallier les manquements du parcours éducatif traditionnel en matière d’écologie, notamment sur les 3 axes suivants  (qui correspondent aux 3 objectifs de notre collectif) :  

  • Formation : les éco-délégué.e.s doivent recevoir une formation leur permettant d’acquérir un solide niveau de connaissance des enjeux écologiques et une maîtrise des notions qui y sont liées.
  • Expression : les éco-délégué.e.s doivent bénéficier d’un espace et d’un moment où leurs ressentis, leurs questionnements, leurs émotions doivent pouvoir s’exprimer et être entendus, ainsi que leur désir d’engagement
  • Polyvalence des savoirs et des compétences : le parcours des éco-délégué.e.s doit pouvoir leur permettre de découvrir des savoirs théoriques, mais aussi manuels, numériques, agroécologiques etc…

Comment susciter l’envie chez les élèves ?

La prise de conscience des enjeux liés aux crises écologiques et à la destruction de la planète par les élèves doit absolument s’accompagner d’une prise de conscience de leur pouvoir d’agir non seulement sur leurs propres comportements mais sur toute une communauté éducative. Le statut d’éco-délégué.e peut être un outil précieux pour faire sentir ce « pouvoir ».

Il est important de partir du vécu des élèves, de permettre une critique de leur environnement quotidien, pour qu’ielles prennent conscience des mécanismes et décident d’actions qui font sens pour elles-eux à mettre en place dans leur établissement et peut-être aux alentours.

Enfin, il peut être très pertinent de faire des liens avec les autres préoccupations des élèves et   par exemple de les faire réfléchir aux questions écologiques en tenant compte de leurs impacts sur les groupes socialement minorés comme les femmes.

Comment devenir éco-délégué. ?

  • en organisant des élections dans chaque classe, ce qui permet d’avoir beaucoup plus de personnes, dont les professeurs qui organisent les élections dans leur classe, investies dans le projet.
  • sur la base du volontariat, ce qui permet d’avoir des élèves vraiment motivé.es. On préfère d’ailleurs nettement cette formule au sein d’EPLP, et on parle plus volontiers d’éco-volontaires. En effet, il y a un risque à « déléguer » cette question, dont il faudrait au contraire que tous les élèves puissent se saisir, à tout moment de l’année.

Quelques remarques générales pour l’accompagnement des éco-délégué.e.

Il ne faut pas hésiter selon nous à casser le rapport hiérarchique, rompre avec la verticalité des apprentissages et de ne pas considérer les élèves comme des objets passifs. Sur ces questions, il faut nous positionner nous aussi comme des apprenant.es, présent.e.s pour les accompagner mais aussi pour retrouver notre propre pouvoir d’agir en tant qu’enseignant.e. Concrètement, casser le rapport hiérarchique peut passer par une organisation de la salle de classe en cercle, par une participation des adultes aux activités avec les élèves, des moments de convivialité etc…

Cela ne signifie pas que nous renonçons à notre place et rôle d’adulte : nous devons être en mesure d’accueillir l’éco-anxiété, la colère ou tout autre réaction de ces élèves et de leur donner des outils leur permettant de dépasser ou au moins de ces émotions. Sur tous ces sujets, voir ici l’article d’EPLP sur la question de l’éco-anxiété en classe.

Quelles activités proposer ? Nos suggestions

  1. En règle générale, il nous semble très important de faire évoluer les élèves à l’extérieur régulièrement. Faire des cours ou des lectures en extérieur, organiser des visites thématiques du quartier, organiser une sortie en forêt…. sont des activités assez simples à mettre en œuvre  
  2. Les temps dédiés aux éco-délégué.e.s doivent aussi être des temps où l’on se pose, où l’on se parle des questions d’écologie qui peuvent nous tarauder, élèves comme enseignants. Par exemple, il est possible de commencer les ateliers par cette question :  » qu’est-ce qui vous a fait peur cette semaine ? ». Attention, il est important d’enchaîner avec quelque chose qui rassure ou qui permet de relativiser / mettre à distance cette inquiétude.

Des exemples d’activités et de projet à mettre en place, même s’il faut bien garder à l’esprit que c’est seulement ce qui est connectés à leur vécu qui fait sens pour elles-eux.

  • développer un axe numérique, avec un engagement de sobriété numérique ;
  • organiser un référendum à la cantine (par exemple sur la viande ou le bio) ;
  • participer à un programme de sciences participatives et faire par exemple un bilan carbone de l’établissement ;
  • création de cartes sur aspects écologiques (par exemple, une carte des producteurs, une carte avec les chemins permettant de venir à l’école en vélo)
  • organiser dans l’établissement une Fresque du Climat (l’association se déplace volontiers. Contact sur leur site internet). Sous forme de jeu coopératif, les élèves apprennent à relier entre eux les enjeux écologiques. 
  • organiser dans son établissement des conférences thématiques : la sobriété numérique, la face cachée  de nos vêtements, le plastique dans l’océan, l’éco-féminisme…. 
  • Organiser une projection de film sur une thématique écologiste 
  • En partenariat avec le club lecture, organiser des lectures collectives de romans sur des thématiques écologiques (ex Dans la forêt de J. Hegland) 
  • Organiser une collecte de fournitures scolaires non-utilisées et créer une ressourcerie auto-gérée au sein de l’établissement
  • Organiser un tournoi d’éloquence sur les questions écologiques

Les pièges à éviter / POINTS de vigilance

– limiter le rôle des éco-délégués à des « superviseurs d’éco-gestes » (c’est pourtant un peu l’esprit des textes officiels).

– EPLP est très réservé sur l’organisation de « clean walk » par les éco-délégué.e.s. Outre que cela s’apparente à un éco-geste grand format, cela ne permet pas de remettre en question la production de déchets et cela n’aboutit souvent pas à autre chose que « les gens sont sales et négligents ». 

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