DECLARATION DE SOLIDARITE AVEC NOS COLLEGUES MOBILISE.E.S

Le collectif EPLP est un collectif d’enseignant.e.s et de professionnels de l’éducation, indépendant et sans affiliation politique ou syndicale, qui milite pour la reconnaissance des crises écologiques au sein de l’Education Nationale.

Nous rencontrons aujourd’hui 19 avril 2019 des représentants de l’Etat. En préambule de cette réunion, nous souhaitons déclarer la chose suivante :

Le collectif EPLP n’ignore pas les luttes menées par d’autres collectifs de l’Education Nationale en France. Bien au contraire, nous adressons aujourd’hui à nos collègues mobilisé.e.s le signe de notre solidarité absolue, en raison de préoccupations communes, d’un même attachement à l’école publique, gratuite et laïque, et d’un engagement indéfectible pour défendre ces principes intangibles.

Et nous voulons rappeler ici la convergence de nos préoccupations :

  • Nous partageons une inquiétude profonde liée aux crises écologiques et à l’inaction de l’Etat en la matière ainsi qu’une volonté de voir ces enjeux devenir un axe majeur de l’enseignement et des formations de la maternelle jusqu’à l’université
  • Nous voulons voir préservée notre liberté d’expression, remise en question par l’article I de la loi sur l’Ecole de la Confiance
  • Non seulement nous voulons être mieux formé.e.s nous-mêmes (voir point 1) mais nous refusons absolument que des élèves soient confié.e.s à des étudiant.e.s non formé.e.s au métier d’enseignant.
  • Nous nous inquiétons de voir une spécialisation utilitariste de nos enseignements en raison de la réforme du lycée, en particulier du lycée professionnel, alors même que l’incertitude des temps demanderait de favoriser la polyvalence et la pluralité des savoirs et des savoir-faire, et de donner avant tout à chacun les moyens de son émancipation.
  • Nous dénonçons le recul de la place des sciences dans la formation de tou.te.s les lycéen.ne.s suite à la réforme du lycée général et du lycée professionnel, particulièrement dans le contexte évoqué plus haut
  • Nous déplorons une réforme qui pénalise les territoires ruraux et périurbains au profit des établissements de centre-ville et qui, plus globalement, fragilise les équipes et enterre l’idée de l’égalité entre les territoires.

EPLP se déclare ainsi solidaire des collectifs qui cherchent à défendre l’avenir de notre jeunesse et le service public d’éducation.

Réunion publique le 16 avril : changement de lieu

La réunion publique du collectif Enseignant.e.s Pour la Planète prévue mardi se tiendra finalement dans les locaux de Solidaires au 31 rue de la Grande aux Belles 75010 Paris, à partir de 19h!

Cette réunion sera l’occasion de se rencontrer et de vous présenter le collectif, ses projets et ses actions, son fonctionnement, … en espérant vous donner envie de nous rejoindre!

Venez nombreux/-ses et n’hésitez pas à faire venir vos ami.e.s, collègues….

Pour une école ouverte… mais indépendante.

En février dernier, lors du début de l’examen du projet de loi « pour une école de la confiance » à l’Assemblée nationale, Jean-Michel Blanquer postul[ait] «que l’école [était] la réponse la plus fondamentale à tous les défis posés par l’humanité », et notamment la transition écologique.

Nous devrions nous réjouir du rôle qu’accorde le ministre à l’école, face aux multiples enjeux environnementaux auxquels l’humanité fait aujourd’hui face… et pourtant, dans les faits, de nombreux obstacles vont à l’encontre de ces déclarations de principe.

En premier lieu, pour pouvoir penser les crises environnementales, il est nécessaire qu’elles soient abordées de manière honnête, notamment en s’adossant aux travaux scientifiques. Or pour que l’école puisse répondre à cet impératif, encore faut-il qu’elle ne soit pas ouverte aux lobbys et autres entreprises de « greenwashing ».

À travers quelques cas problématiques, nous aimerions ouvrir le débat sur certains acteurs qui interviennent dans les établissements scolaires. 

Épisode 1 : le lobby de la viande

En dépit d’une pétition lancée il y a quelques années et ayant recueilli plus de 70 000 signatures, l’association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev) continue d’intervenir dans les établissements scolaires. Labellisée par le gouvernement, elle a même déployé toute une offre « pédagogique », allant du primaire au secondaire.

Un petit tour sur le site de l’association nous apprend qu’un de ses objectifs est d’ « encourager la consommation » (de viande donc).

Source : http://www.interbev.fr/, capture d’écran

Si la consommation de viande recule en France, les français mangeaient encore en moyenne 136g de viande par jour en 2016, soit presque 50kg par année. Pourtant, Interbev souhaite pousser à la consommation…et pour cela intervient dans nos écoles.

Pourquoi faut-il s’en indigner ?

D’après les scientifiques du GIEC, pour éviter d’atteindre un réchauffement climatique supérieur à 2°, il importe de diminuer drastiquement, et dès maintenant les émissions de gaz à effet de serre (GES). Or l’élevage est à l’origine d’environ 14,5% des émissions mondiales de GES !

En France, à l’occasion de la COP 21, une étude du centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique a montré qu’en France, l’agriculture est le troisième secteur le plus polluant, derrière les transports et la construction

La production de viande est aussi extrêmement consommatrice en eau (7000 litres d’eau pour 500g de bœuf)

Une étude publiée en octobre 2018 dans la revue Nature affirmait que les occidentaux devaient diminuer de 90% leur consommation de viande pour réduire l’impact environnemental de leur alimentation.

Enfin, alors que l’association L214 met régulièrement en lumière les conditions monstrueuses dans lesquelles sont traités les animaux dans certains élevages et abattoirs, on peut légitimement s’interroger sur les ateliers d’Interbev invitant les enfants à réfléchir, en étudiant un « paysage agricole », aux thématiques « de l’environnement et du bien-être animal »…

Source : http://www.interbev-pedagogie.fr/Scolaire/RecupPassword.asp?CatID=9&Action=PASS_REGION
(capture d’écran)

Si l’école est « la réponse la plus favorable » à la transition écologique, il faut qu’elle informe sur l’impact environnemental réel de nos consommations alimentaires…et pour cela qu’elle cesse d’accueillir le lobby de la viande.  

Newsletter #2

ACTUALITÉS  

Réunion publique des Enseignant.e.s pour la Planète mardi 16 avril à 18h30 à la Bourse du Travail à Paris

Enseigner les crises écologiques pour y faire face, construire des réponses collectives, un moment d’échanges.

La tribune des éco-délégué.e.s du lycée Henaff de Bagnolet

Dans ce texte, publié sur le site du lycée, ils formulent les questions restées en suspens après la rencontre à laquelle ils étaient conviés le 22 mars à Vanves,  avec Mesieurs Blanquer et  Monsieur de Rugy, respectivement Ministre de l’Education Nationale et Ministre de la Transition Ecologique ainsi que trois secrétaires d’état.

« Pendant ce débat, nous ne nous sommes pas sentis écoutés et à la fin nous étions en colère, choqués de ce que nous ressentons comme un manque de considération de leur part. Pour dire les choses clairement, tout cela avait plus l’air d’une conférence que d’un débat.» Des questions sur les grands projets inutiles que nous aussi, enseignant.e.s, citoyen.ne.s, nous posons.

À lire ici

La charte du collectif Enseignant.e.s pour la planète a été adoptée

À lire ici

À LIRE 

 Lettre de chercheur.es aux jeunes et moins-jeunes, qui se sont mobilisé.es les 14, 15 et 16 mars, parue dans lundimatin#185 le 2 avril.

Cette tribune émane d’un « atelier d’écologie politique » toulousain, constitué d’une communauté pluridisciplinaire de scientifiques (agronomes, historien.nes, physicien.nes, sociologues, économistes, astrophysicien.nes, climatologues) qui travaillent et réfléchissent ensemble aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques. Leur objectif est de les partager avec l’ensemble de la société, afin d’oeuvrer avec elle aux moyens de réorienter notre trajectoire en changeant en profondeur les modes de fonctionnement socio-économiques actuels. Passés les constats alarmants de l’état actuel de notre planète, la déconstruction des croyances en la technologie toute puissance que met en avant notre système actuel, la dénonciation des profondes inégalités de ce qu’il adviendrait si l’on poursuivait dans cette voie, les chercheur.es nous invite à agir en proposant différentes pistes et reprennent le mot d’ordre du film l’an 01 de Gébé « on arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ».

À lire ici

AGIR LES VENDREDIS 

Nous proposerons régulièrement dans cette newsletter des idées d’activités pour « agir les vendredis », en lien avec les mobilisations régulières ce jour là (Fridays for future)

Cette semaine : La magie du monde. Autour des Forêts, pour reconnecter les élèves citadins au monde vivant non-humain.

Quelques pistes littéraires  pour les lycéens

La vie secrète des arbres Peter Wohleber

L’auteur, garde forestier, nous embarque avec lui dans les forêts pour nous expliquer la solidarité des arbres et leurs capacités à communiquer par leurs étonnants réseaux racinaires.

La Vie secrète des arbres - Edition illustrée

Un an dans la vie d’une forêt, David Haskell

A partir de l’observation d’un mètre carré de forêt pendant un an, l’auteur, biologiste, nous offre un magnifique condensé d’histoire naturelle et de méditation philosophique sur la place de l’homme dans la nature…

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Des poésies pour tous

On n’est pas n’importe qui de Jean Rousselot ; L’arbre de Jacques Charpentreau ; Arbres de Jacques Prévert

Un  documentaire

Le temps des forêts, François-Xavier Drouet

La biodiversité, la vie, les bruits  d’une forêt de feuillus opposés la mort, le silence des forêts de conifères, plantés pour l’industrie du bois recouvrant progressivement nos territoires aujourd’hui.

Une oeuvre picturale

Forêt de bouleaux,  Gustav Klimt

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N’hésitez pas à nous faire des propositions pour compléter !

Le ministre et la raquette

Le 22 mars dernier, Jean-Michel Blanquer et François de Rugy réunissaient des lycéen.ne.s de toute la France pour recueillir leurs propositions sur les crises écologiques et climatiques. EPLP était sur place (nous en avions même profité pour remettre une lettre à nos 5 ministres). Nous avions pu constater le niveau d’improvisation du gouvernement sur ces questions. Face à des élèves sans doute plus incisifs que prévu, nos ministres ont peiné à apporter des réponses satisfaisantes, lorsqu’ils n’ont pas tout simplement ignoré les questions. En effet, lorsque les éco-délégué.e.s du lycée de Bagnolet ont interpellé F. de Rugy sur la contradiction qu’il y avait à soutenir des grands travaux de déforestation à l’heure du réchauffement climatique (en prenant l’exemple de la forêt de Romainville toute proche de leur lycée), le ministre n’a tout simplement pas retenu la question. Et le gouvernement a botté en touche à bien d’autres moments : interrogé sur les projets autoroutiers, la publicité, sur le transports aériens, le glyphosate, les accords de Paris, les réponses ont été évasives et émaillées d‘éléments de langage, quand elles ne relevaient pas tout simplement du tour de passe-passe argumentaire (c’est ainsi que Brune Poirson a expliqué qu’on ne pouvait pas interdire le plastique car on allait menacer les emplois dans le secteur… du plastique) M. Blanquer a finalement été peu interpellé, mais quand des élèves ont dit n’avoir « jamais été sensibilisés » aux crises écologiques et que dans ce domaine beaucoup restait à faire, en termes d’information, de sensibilisation et d’actions concrètes, ce dernier avait reconnu, dans une formulation qui en disait long sur son degré de préoccupation, des « trous dans la raquette ».

Ce vendredi 5 avril, nouvelle grande réunion. Seul.e.s les lycéen.ne.s sont invité.e.s à rencontrer M. Blanquer : à charge pour eux/elles de parler pour leurs camarades de tous les niveaux et de représenter tout le reste de la communauté éducative, qui n’a pas été conviée à l’exercice (ni enseignant.e.s, ni parents d’élèves, ni personnel administratif n’ont été spécifiquement consultés). Le ministre semble donc penser que deux semaines ont suffi pour que des élèves « jamais sensibilisés“ à ces questions en deviennent des experts. Peut-être le ministre aurait-il pu convoquer  les éco-délégué.e.s de France,  puisque le statut est officiel et réunit des centaines de jeunes vraiment impliqués et formés sur ces questions. A lire les propositions qui ont été faites, on comprend que ce n’est pas encore le cas des élus des CVL : ces lycéen.ne.s semblent conscient.e.s de la gravité de la situation, mais sont désarmé.e.s pour penser des réponses efficaces. A l’exception d’une réflexion sur la viande qui paraît mûrie, ils/elles proposent ainsi des écogestes plutôt qu’un changement de mode de consommation, pointent des comportements individuels plutôt que la nature systémique du problème. Ainsi, ils/elles proposent des cleanwalk et oublient à la fois que c’est le rôle d’un service public compétent et non de jeunes en formation que de dépolluer un territoire, et que les industriels devraient avoir la gestion des déchets qu’ils ont eux-mêmes généré. Et Jean-Michel Blanquer d’applaudir à des propositions qui remettent si peu en cause le système économique global, pourtant si coûteux à notre planète.

En réalité, sur le front des urgences écologiques, le ministère est très loin de reconnaître les enjeux et de mettre les moyens adéquats pour y répondre. Nous continuerons donc chez EPLP à réclamer et dispenser une communication honnête et franche sur ce sujet et à commencer à construire, avec tou.te.s les collègues qui le souhaitent, quels que soient leurs niveaux ou leurs disciplines, des réponses à ces défis gigantesques.

En d’autres termes M. Blanquer, nous vous invitons à réparer votre raquette en urgence. Car le match est en cours, et nous ne pouvons pas le perdre.