Le collectif EPLP relaie la proposition de collègues d’un lycée de l’académie de Nantes, qui proposent de refuser la correction sur support numérique des copies des épreuves communes de contrôle continu (E3C), innovation de la réforme Blanquer du baccalauréat.

REFUSONS DE CORRIGER DE FACON NUMERIQUE LES COPIES DES E3C (EPREUVES COMMUNES DE CONTRÔLE CONTINU)

Il est prévu que toutes les copies d’E3C soient numérisées pour être corrigées. Nous nous y opposons fermement. Nos arguments :

  1. Une injonction contradictoire 

. Nous nous retrouvons face à des injonctions contradictoires de la part de notre institution : d’une part, nous engager dans la voie du « développement durable » en inscrivant notamment nos établissements dans des démarches de labellisations E3D et, d’autre part, développer le plus possible les usages du numérique.

2. Un coût écologique très conséquent

Nous n’avons pas les moyens de ce luxueux procédé, même s’il facilite certaines tâches des chef.fes d’établissement. Nous n’avons pas le droit d’engager un nouveau « crédit » à rembourser par les générations futures. Les chiffres précis de l’impact de ces corrections numérisées ne sont pas connus. Mais si l’on additionne les coûts écologiques de la numérisation, de l’envoi par mail, du téléchargement, de la consultation, du stockage de ces données sans oublier les coûts dramatiquement élevés de la fabrication et de la rénovation accélérée du matériel (scanner, ordinateur…), il n’y a pas de doute que la numérisation sera infiniment plus polluante que celle occasionnée par la méthode traditionnelle de correction, moins « chic », moins « moderne », moins hasardeuse aussi.

3. Une dépense parfaitement inutile

Cette numérisation apparaît particulièrement inopportune. Dans l’esprit du contrôle continu voulu par la réforme, les copies seront corrigées localement, en interne. Le scannage, le stockage sur des serveurs et les heures de correction sur ordinateurs sont donc des sources de consommation d’énergie tout à fait évitables. Ceci d’autant que répétées d’E3C en épreuves anticipées et examens de fin d’année, dans tout le pays, pendant des années, cette consommation d’énergie superflue ne va pas être anodine.

4. Notre électricité serait décarbonée ? Le contre-argument qui ne passe pas

Nous n’avons aucune information sur le lieu de stockage de ces copies numérisées. Si ce stockage se fait en France, notre consommation d’électricité dépendant essentiellement du nucléaire est loin d’être irréprochable et sans risque sur le plan environnemental et doit être limitée autant que possible. Cela ne change par ailleurs rien aux émissions de GES liés aux autres étapes du processus de numérisation (dont la fabrication des matériels).

5. Il nous faut nous saisir de cette opportunité pour interroger nos pratiques

Nous opposer à cet aspect de la réforme en cours nous paraît être un moyen d’initier une réflexion profonde et, nous l’espérons, systématique, à terme, sur les impacts écologiques de nos pratiques numériques.

6. De l’énergie, mais aussi du temps perdu, des tâches abrutissantes et néfastes pour notre santé

Outre la question de la contribution absurde au chaos climatique, cette procédure interroge aussi sur le temps passé, pour l’instant par l’administration, à scanner des centaines de pages de copies. Ces actions seront bénévoles, ou empièteront sur d’autres missions infiniment plus importantes pour le suivi des élèves. Enfin se profile l’inconfort de la lecture sur écran pour beaucoup d’enseignants, voire des problèmes oculaires ou des TMS (troubles musculosquelettiques).

L’action proposée:

  • refuser de corriger les copies d’E3C  en envoyant une lettre au Recteur ou en proposant une motion au CA de votre établissement, s’il en est encore temps (un exemple est proposé ci-dessous).
  • Vous pouvez aussi solliciter votre syndicat pour qu’il relaye l’initiative au niveau national.

Plusieurs lycées (académie de Nice, de Nantes et de Créteil) ont déjà fait voter des motions sur ce thème dans leurs conseils d’administration.

Si votre lycée s’engage également, n’hésitez pas à nous le faire savoir à l’adresse enseignantspourlaplanete@riseup.net

Sur ce sujet, EPLP vous recommande :

Numérique : le grand gâchis énergétique Article du CNRS

Internet, la pollution cachée – video dailymotion documentaire de Coline Tison et Laurent Lichtenste

Pour une sobriété numérique, rapport du Shift Project de 2018

Empreinte environnementale du numérique mondial, GreenIt, 2019.

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