Le collectif EPLP s’est engagé dès le début du confinement à proposer des ressources pour faire de cette période si particulière une occasion de réflexion critique, et non pas simplement de « continuité pédagogique » comme si rien ne se passait. Pour cela, le collectif vous propose 2 questionnaires, « Retour(S) de confinement » et « Inventaire du monde d’hier pour le monde d’après ». Notre suggestion est de proposer les deux, l’un après l’autre, aux élèves.

Questionnaire 2. Questionnaire de Bruno Latour adapté aux élèves : « Faire l’inventaire du monde d’hier pour préparer le monde de demain »

Présentation générale :

Bruno Latour et ses « questionnaires » :

Bruno Latour est un penseur français mondialement connu, à la fois philosophe et sociologue.

Dans son dernier livre, Où atterrir ? il explique que les pays riches ont depuis 50 ans organisé leurs économies comme si la terre n’avait pas de limites, comme si ses ressources étaient inépuisables. Or aujourd’hui, on commence à comprendre que nos économies ne peuvent pas ignorer indéfiniment ces limites. Il faut « atterrir », se reconnecter à la Terre, se remettre à organiser nos vies en fonctions de nos véritables besoins et ce que la Terre peut nous offrir. Dans cet ouvrage, Latour proposait déjà une série de questions, baptisée « auto-description », pour que chacun puisse définir de quoi et de qui il dépend.

A l’occasion de l’épidémie de Coronavirus, Bruno Latour a proposé dans la revue AOC à tou·te·s les volontaires un nouveau questionnaire, dans la continuité du premier, pour faire l’inventaire de ces besoins et pour réfléchir à ce qui pourrait changer dans l’avenir, pour adopter des modes de vie plus conciliables avec les limites terrestres. Où voulons-nous atterrir ? Dans quelle société ?

Un consortium mis en place autour de Bruno Latour et de ses questionnaires, qui se donne comme objectif de recenser toutes ces productions et d’en faire la base d’une réflexion collective.

La démarche d’EPLP :

Le collectif EPLP a voulu adapter le questionnaire pour les élèves, afin de leur permettre de participer pleinement à ce débat.

Le collectif EPLP se propose également d’opérer une médiation entre les collègues intéressé·e·s et le consortium cité plus haut.

Ce questionnaire est une suggestion, chaque collègue peut en disposer à sa guise. Nous faisons apparaître en vert les points de vigilance : les points qui ont suscité du débat chez nous et qui nous ont donc semblé intéressants à signaler aux collègues.

Ce questionnaire nous semble possible à proposer à tous les niveaux d’enseignement. Nous avons veillé à adopter une langue simple et transformé les questions de Bruno Latour de manière à les rendre les plus accessibles possibles, sans toutefois en changer l’esprit. Nous signalons toutefois que la 2ème partie du questionnaire (le questionnaire « augmenté ») peut être plus anxiogène, car plus centré sur les besoins individuels et sur la crainte de manquer. 

Les collègues sont invité·e·s à transmettre au collectif EPLP les productions des élèves en utilisant notre adresse mail enseignantspourlaplanete@riseup.net

Il est également possible de remplir le questionnaire Latour « original » sur ce lien (possibilité à soumettre aux élèves que le projet motiveraient)

Proposition de déroulé en confinement :

Etape 1 :  

Montrer la vidéo « Et tout le monde s’en f…. » qui évoque le travail de Bruno Latour.   Présentation du texte de Latour :   Bruno Latour, philosophe et sociologue, a imaginé de profiter de cette crise et du confinement pour prendre un peu de recul et pour faire l’inventaire de ce qui est réellement nécessaire (à nous personnellement et à l’humanité) et de ce qui ne l’est pas. C’est pour lui essentiel, car notre mode de vie habituel est incompatible avec l’épuisement des ressources et le réchauffement climatique.Sa proposition part du constat que « si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, ( …), sélectionné, (…) interrompu pour de bon ou au contraire accéléré ». « A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant. »Cette activité est donc un petit exercice basé sur la réflexion de chacun et visant à un objectif très ambitieux : repenser notre façon de vivre, et donc repenser la globalisation/mondialisation.  

Etape 2 : chaque élève remplit le questionnaire individuellement, et le rend à l’enseignant·e qui lui fait un premier retour.  

Etape 3 : un échange est proposé à la classe sous forme de visio-conférence, de padlet ou de document partagé type Framapad. Il semble plus difficile en ligne d’élaborer une réponse collective, mais le padlet par exemple peut permettre à chacun·e de prendre connaissance des réponses des autres et donc d’enrichir sa propre réflexion. L’enseignant·e propose la liste des questions et prépare un document collaboratif (type Framapad), Par défaut, la contribution sur Framapad est anonyme mais il est possible de s’identifier en cliquant sur cette icône :  

Proposition de déroulé en classe :

Etape 1 :

  • Présentation du texte de Latour :

Bruno Latour, philosophe et sociologue, a imaginé de profiter de cette crise et du confinement pour prendre un peu de recul et pour faire l’inventaire de ce qui est réellement nécessaire (à nous personnellement et à l’humanité) et de ce qui ne l’est pas. C’est pour lui essentiel, car notre mode de vie habituel est incompatible avec l’épuisement des ressources et le réchauffement climatique.

Sa proposition part du constat que « si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, ( …), sélectionné, (…) interrompu pour de bon ou au contraire accéléré ». « A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant. »

Cette activité est donc un petit exercice basé sur la réflexion de chacun et visant à un objectif très ambitieux : repenser notre façon de vivre, et donc repenser la globalisation/mondialisation.

Etape 2 : chaque élève remplit le questionnaire individuellement (10 min) et le rend à l’enseignant·e qui fait un premier retour.

Etape 3 : mise en commun en classe. Les élèves constituent des groupes : 1 groupe par question et échangent autour des réponses données par chacun·e, avec l’enseignant·e

2 possibilités, selon la sensibilité de l’enseignant·e, la composition du groupe etc. :

  • Recherche d’une réponse commune : les élèves tentent de se mettre d’accord sur des réponses qui font consensus

Point de vigilance : ne pas se limiter à une collecte d’avis « majoritaires ». Certain·e·s élèves peuvent ressentir des besoins très spécifiques (ex. des besoins particuliers de sécurité pour des élèves victimes de discrimination). Il faut veiller à ce qu’ils/elles puissent les exprimer, être entendu et voir leur besoins pris en compte par le groupe. C’est fondamental pour faire société.

  • Echanges et enrichissement des réponses par la discussion, sans nécessairement produire une réponse collective.

Point de vigilance : veiller à ce que cet exercice soit tout de même une invitation à penser et à s’organiser collectivement, en étant à la fois capable de consensus et de prise en compte des avis isolés.

[Etape 4 si on a 2 heures :

Version EMC : débat mouvant pendant 40 minutes qui répondrait à la question suivante :

  • je suis plein·e d’espoir pour l’avenir : oui/non
  • je vais changer des éléments dans ma façon de vivre : oui/non
  • je suis prêt·e à agir pour défendre les besoins fondamentaux de l’humanité : oui/non
  • j’ai des allié·e·s pour le faire : oui/non

Version Lettres : en binôme ou seul·e, les élèves rédigent une description de la société (du « paysage ») que nous avons créé ensemble :  les métiers de demain,  les vies quotidiennes… Il leur faut inventer de nouveaux mots pour décrire ces réalités nouvelles.

OU décrivent la sortie de confinement et le moment de construction de ce nouveau paysage.]

Questionnaire à remettre aux élèves :

Question 1 : pendant le confinement, vous et vos proches avez arrêté un certain nombre de vos activités habituelles. Y en-a-t-il que vous ne souhaitez pas reprendre et que vous voudriez même voir disparaître pour tout le monde ?

Répondre dans un tableau à 3 colonnes : 1) activité à supprimer 2) cette activité est nuisible parce que… 3) supprimer cette activité permet de….

Question 2. Pendant le confinement, vous et vos proches avez adopté certaines activités nouvelles. Y en-a-t-il que vous souhaiteriez poursuivre après ?  Y a-t-il d’autres activités que vous auriez envie de commencer après le confinement ?

Répondre dans un tableau à 3 colonnes : activité à maintenir ou à créer / cette activité est positive parce que / Cette activité évite de…..

Point de vigilance : pour ces deux questions, l’élève est a priori invité·e à se centrer sur son expérience personnelle, son vécu de confiné·e. On peut craindre en effet que si on lui demande d’élargir sa réflexion à toute la société (quelles activités devrait-on arrêter en France ? quelles activités devrait-on initier), on obtienne des réponses plus standardisées, avec une éventuelle récitation du cours…En fonction des premiers retours des élèves, l’enseignant·e peut toutefois orienter la réflexion vers une approche plus personnelle ou inciter l’élève à adopter un regard plus élargi à son environnement.

Question 3 : Parmi les activités nuisibles à arrêter ou parmi les activités positives à développer, certaines impliquent des gens qui travaillent. Quels conseils pourriez-vous donner aux décideurs et aux décideuses pour aider ces personnes dont les activités devraient s’arrêter, et pour les accompagner vers les activités que vous jugez positives ? Vous pouvez décider de vous adresser à des décideurs et des décideuses au niveau national, communal, au niveau de votre établissement…

Point de vigilance : cette question est évidemment très difficile, et peut déstabiliser les élèves. Elle est pourtant importante, car elle représente le « passage à l’action » et la politisation de la réflexion. On peut proposer des exemples aux élèves, leur proposer de raisonner d’abord à une échelle très locale.

Questionnaire augmenté

Les questions ci-dessous sont issues du livre de Bruno Latour, Où atterrir ? et constituent donc un prolongement de la réflexion qu’il propose dans son article pour AOC.

Question 4 : Le confinement est un moment très particulier, un temps en dehors de ce que nous connaissons et qui nous a donné un regard neuf sur nos vies. A partir de cette expérience, essayez de lister vos besoins essentiels, ce dont vous auriez peur de manquer de façon définitive.

Point de vigilance : le terme « besoins » peut être flou pour les élèves, qui peuvent facilement confondre leurs besoins et les moyens qu’ils utilisent pour satisfaire ces besoins. Une précision de vocabulaire peut être apportée, ou la liste des besoins ci-dessous peut aussi être transmise.

Question 4B : Parmi cette liste, repérez les besoins vitaux qui vous semble liés au monde vivant (végétal, animal …) et entourez-les en vert

Question 5 : est-ce qu’il vous semble que ces besoins vitaux sont aujourd’hui menacés ? Si oui, selon vous, d’où vient cette menace ?

Répondre dans un tableau à deux colonnes : 1) besoins essentiels qui sont menacés 2 ) d’où vient cette menace

Question 6A : que faîtes-vous pour défendre ces besoins essentiels à votre survie ?

Question 6B : Si vous ne faîtes rien, pourquoi ? Est-ce que quelque chose ou quelqu’un vous empêche d’agir ?

Question 6C : Si vous faîtes quelque chose ou si vous avez l’intention de faire quelque chose, qu’est-ce qui vous donne de la force ? avez-vous ou pourriez-vous avoir des allié·e·s qui auraient les mêmes besoins à défendre ?

Point de vigilance : nous avons sciemment conservé les mots utilisés par Latour : « menace », « allié·e·s »… qui peuvent paraître délicats à utiliser avec des élèves. Nous en avons beaucoup débattu. Il nous a finalement semblé important de conserver ces termes car ils expriment la conflictualité inhérente au sujet abordé, dont les élèves doivent prendre conscience : n’étant pas « tou·te·s dans le même bateau » face aux périls écologiques, il serait naïf de penser que nous pourrions être « tou·te·s allié·e·s ». Il faudra peut-être toutefois rappeler que conflictualité ne veut pas dire violence et ne l’implique pas nécessairement.

Commentaires, questions, remarques : enseignantspourlaplanete@riseup.net

Notre site : www.enseignantspourlaplanete.com

Ressources :

Une vidéo où Bruno Latour explique sa démarche (très accessible) : http://www.bruno-latour.fr/node/840.html

Le site de Bruno Latour : http://www.bruno-latour.fr/fr.html