La fresque du climat : outil pédagogique ludique et support de discussion

Afin de sensibiliser les futurs enseignant·es et CPE aux enjeux climatiques, des formatrices de l’INSPE à Toulouse ont utilisé La Fresque du Climat. Petit retour d’expérience.

L’absence de formation initiale pour les enseignant·es et les CPE sur les enjeux environnementaux

Si les programmes d’enseignement ont été légèrement « verdis » ces dernières années, la formation des futur·e enseignant·es et CPE sur le sujet n’a quant à elle pas évolué. Qu’il s’agisse de connaissances de bases sur les sujets environnementaux – dérèglement climatique, chute de la biodiversité, pollution au plastique, acidification des océans, etc. – ou des outils pour aborder ces sujets sensibles et anxiogènes avec des enfants ou des adolescents, les contenus de formation restent pauvres, voire inexistant.

La réforme – critiquable et critiquée –  des masters MEEF (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation), entrée en vigueur à la rentrée 2021 aurait pourtant pu en être l’occasion, puisque sa mise en place a nécessité un remaniement de l’organisation et des contenus de formation proposé dans les Inspé (Institut National Supérieur du Professorat et de l’Education, ex-ESPE, ex-IUFM).

Mais rien n’a été prévu au niveau national pour intégrer dans les maquettes des temps de formation sur les crises environnementales et la façon de les aborder avec les élèves. La seule marge de manœuvre possible résidait dans les 10% du temps « réservé aux contexte et innovations propres de chaque Inspé ». Autrement dit, chaque établissement avait la possibilité de proposer des contenus définis localement. En 2019, le collectif EPLP avait interpellé par courrier les directrices et directeurs de ces établissements à ce sujet, mais avec peu de retours et surtout d’effet…

Une initiative locale : proposer aux étudiants La Fresque du Climat

A l’heure actuelle, difficile de savoir dans quelle mesure les différents Inspé se sont saisi de cette possibilité pour introduire des formations autour des enjeux environnementaux.

A l’INSPE Toulouse où j’enseigne, deux initiatives ont été mises en œuvres, portées par un (petit) groupe de formateurs et formatrices. Premièrement, une option « Ecole de la transition » a été proposée aux étudiant·es de M1 et M2, dans le cadre des 10% laissés libre dans les cadrages nationaux. Cet enseignement fera l’objet d’un prochain billet sur ce site.

Deuxièmement, nous nous sommes formé.e.s à la Fresque du Climat, pour pouvoir animer des séances avec les étudiant·es, que ce soit dans le cadre de leur tronc commun ou de l’option « école de la transition ».

La Fresque du Climat : qu’est-ce que c’est ?

La Fresque du Climat est un outil proposé par l’association du même nom, créée en 2018 par Cédric Ringenbach.

Elle fonctionne sur des ateliers de 3h : organisés par petits groupes, les participant.e.s sont invité.e.s à partir de cartes qui leurs sont distribuées au fur et à mesure à retracer les liens de causes à effet entre les activités humaines, le dérèglement climatique et ses conséquences.

L’atelier permet de comprendre l’essentiel des enjeux climatiques, en s’appuyant sur les données du GIEC. Il ne propose pas de solution clé en main, mais permet de bien comprendre le problème, pour ensuite pouvoir engager une réflexion, personnelle et collective.

Il est possible d’imprimer soi-même les cartes ou de les commander. L’association propose énormément d’outils d’auto-formation à l’animation de  Fresque sur son site, et il est également possible de demander le soutien d’un·e membre de l’association. A l’INSPE Toulouse nous avons ainsi fait venir un formateur une matinée, qui a présenté La Fresque et les méthodes d’animation au personnel volontaire.

Il existe une version de la Fresque adapté aux plus jeunes (9-14 ans).

Retour d’expérience : un atelier avec les futur·es CPE

Dans le cadre de la formation des CPE, nous avons proposé un atelier de 3h aux étudiant·es. Nous étions deux formatrices, pour une quinzaine d’étudiant.e.s, réparti.e.s en trois groupes.

Certain·es avaient déjà entendu parler de la Fresque et étaient plutôt motivé·es, d’autres ont au départ adopté une attitude plus réservée. En particulier, quelques unes se sont montrées au début un peu réfractaire au caractère « scientifique de l’exercice » (« je ne sais pas ce que c’est l’effet de serre » « je ne comprends rien »)

Néanmoins, et c’est la grande force de cet outil, le côté ludique l’a rapidement emporté, et iels se sont tous et toutes pris au jeu.

Les dernières cartes à placer sur la fresque concernent les conséquences sur la biodiversité et sur la vie humaine des dérèglements climatiques.

Elles suscitent souvent de l’émotion, et de l’anxiété, un peu contrebalancées par le temps « créatif » prévu dans l’atelier : en effet, les participant·es sont invités à décorer leur fresque et à lui donner un titre.

Nous ne pensions pas que cette partie les motiverait, mais au contraire iels y ont mis beaucoup d’application !

Les titres sont révélateurs d’une forme de prise de conscience : à la fois de l’urgence de la situation (« ce qui risque d’arriver a déjà commencé »), mais aussi de la nécessité d’agir collectivement (« Ensemble luttons pour demain »).

Le dernier temps de l’atelier était consacré à un « debrief » collectif. Nous avons demandé à chacun·e d’exprimer leur ressenti (émotion) en un mot. « Peur », « Frustration », « Colère », « Abandon », « sentiment d’être perdu » sont les mots qui sont le plus revenus, exprimant notamment une forme de désarroi : on sait ce qui nous menace, mais qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Nous leur avons proposé de réfléchir à ce qu’iels pourraient mettre en œuvre dans leurs établissements, notamment avec les éco-délégués, en allant au-delà du tri des déchets à la cantine !

Par exemple : organiser un référendum sur la viande à la cantine , réfléchir aux modes de transport pour accéder à l’établissement et notamment aux mobilités dites « douces » (existe-t-il des pistes cyclables ? qui interpeller pour qu’elles puissent être envisagées ? ), agir sur la végétalisation pour – notamment – lutter contre les îlots de chaleur en été, etc. Animer ou faire venir un animateur/une animatrice de La Fresque pour sensibilier les élèves et/ou les collègues peut déjà être un premier pas.

Comme indiqué sur le site de l’association, La Fresque « sensibilise sans culpabiliser. A travers une compréhension partagée des mécanismes à l’œuvre, elle permet aux individus et organisations de créer une discussion collective sereine et positive sur les leviers d’action »

Elle est un outil efficace pour informer, et un premier pas pour l’action.