La conscience écologique, un chemin à construire, des émotions à traverser. Épisode 2

Réflexions collectives sur la solastalgie, lecture de Les Emotions de la Terre de Glenn Albrecht, pistes pour accompagner les enseignant .e.s à digérer les informations et comprendre la solastalgie.

« Les émotions se sont alors {à partir de la révolution industrielle} concentrées autour des notions de croissance et de progrès qui privilégient l’existence humaine aux dépens de toutes les autres formes de vie. Cette attitude s’est traduite par la progression de l’égoïsme et du matérialisme consumériste qui rejettent le respect, le soin et même la simple considération pour les autres formes de vie.« 

Glen ALBRETCH, Les Émotions de la Terre, 2020

 » La solastalgie exprime l’inquiétante étrangeté moderne, où un endroit familier est rendu méconnaissable par le changement climatique et l’action des multinationales : notre habitat est devenu tout à coup étranger à ses propres habitants. »

MACFARLANE, Robert « Generation Anthropocen : how humans have altered the planet forever »  The Guardian, 1er avril 2016, cité dans Les Emotions de la Terre, Glen ALBRETCH

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Solastalgie et éco-anxiété renvoient aux émotions suscitées par des changements dans notre environnement. Glen Albretch, le philosophe de l’environnement australien à l’origine de ce néologisme, définit la solastalgie comme une détresse environnementale extrêmement profonde susceptible (mais non forcément) de déboucher sur une dépression, un burn-out. C’est « le sentiment de désolation causé par la dévastation de son habitat et de son territoire. (La) douleur ou détresse causée par la perte ou l’absence de consolation. Il s’agit du mal du pays que vous éprouvez alors que vous êtes toujours chez vous. » Ce terme a été construit à partir du mot « nostalgie », néologisme crée au XVIIIe qui désignait lors de sa création le mal du pays à l’origine, et aujourd’hui, une forme de tristesse lié au passé. « algie » est la racine gréco-latine signifiant douleur, et le préfixe « sol-« la possibilité d’une consolation. La solastalgie, c’est ce que l’on ressent lorsqu’on ne peut plus trouver de consolation., lorsque cette possibilité du retour à chez-soi est perdue.

La solastalgie n’est pas une pathologie. C’est une émotion qui révèle que notre capacité à ressentir des émotions positives (empathie pour la vie) pour la Terre est intacte.

Parmi les émotions pyschoterratiques (Glenn Albrecht introduit l’idée que la psyché humaine est reliée à l’environnement, au lieu, aux « pays » au sens « land » que les humains habitent), le philosophe distingue deux catégories d’émotions pour la Terre :

  • des émotions liées à des forces terraphtoriennes (des forces de destruction)
  • des émotions liées à des forces terranescentes (liées à des forces créatrice).

Ressentir des émotions positives pour la planète et ressentir de l’empathie pour les humains et les vivants autres qu’humaines nous exposent aussi à ressentir de la solastalgie.

Quand Greta Thunberg déclare « Je ne veux pas que vous ayez peur, je veux que vous paniquiez », elle appelle à la prise de conscience. Elle s’adresse aux adultes, elle cherche à provoquer un réveil, à sortir de l’engourdissement du déni. La peur accompagne la prise de conscience des crises écologiques, ainsi que de leurs conséquences sur nos vies à court, moyen et long terme. Dans la vie des émotions, la peur joue le rôle de l’électrochoc qui nous signifie qu’on a réalisé, compris, l’urgence et l’intensité des crises écologiques et climatiques. Toutefois, si cette peur est trop intense, elle risque de paralyser et de provoquer la fuite, le déni, une attitude fataliste, de soumission, ou de survivalisme individualiste. Parler des crises écologiques en classe amène donc forcément à ressentir et à faire ressentir de la peur. Et à en parler, à poser un cadre d’écoute bienveillant, sans jugement. En tant qu’émotion, la peur n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle est un mouvement de recul (les émotions viennent du latin movere : bouger) lorsqu’on se rend compte que nos limites, notre intégrité sont en danger. Elle est donc extrêmement utile pour adopter des comportements adaptés face à une menace réelle. Bien sentie, nommée, acceptée, accueillie, elle permettra d’initier le comportement adéquat, de ne céder ni à la panique, ni à une colère mal dirigée, ni à la soumission. Dans le cadre d’un travail pour accompagner la prise de conscience des effets du réchauffement climatique et de toutes les menaces qui pèsent sur notre, la peur survient immanquablement, mais pas chez tous les élèves et pas avec la même intensité pour chacun.e.

Le travail sur la peur doit pouvoir s’opérer afin qu’elle devienne l’outil de la prise de conscience, et non un outil de soumission. Elle est utile pour réaliser le danger, mais une dangereuse conseillère. La peur semble bien une étape, une émotion nécessaire dans le cadre de l’éco-anxiété puisqu’elle témoigne en fait d’un lien vivant à la Terre et au vivant.