Si vous n’en lisez qu’un…..

« C’est qu’il ne s’agit plus de reprendre ou d’infléchir un système de production, mais de sortir de la production comme principe unique de rapport au monde. » Atterrir après le virus : l’arrêt général que provoque le crise du Covid-19 est l’occasion de tout remettre en cause, pour le pire comme pour le meilleur, nous rappelle Bruno Latour. Dans un article publié initialement sur AOC (3 articles gratuits moyennant inscription – ou disponible sur le site internet de Bruno Latour : l’article intégral est en lien en haut de la page) le philosophe nous propose un outil de discernement (un exercice d’autodescription avec 6 questions) pour faire le tri entre les activités désirables et nuisibles, dont on pourra s’inspirer avec nos élèves, pour un inventaire salutaire en vue d’un avenir plus ouvert. EPLP travaille sur une séquence spécifique autour de cet article.

Articles généraux, tribunes, prises de position

« Ne revenons pas à la normalité, car la normalité, c’était le problème ». Pourquoi ne pourrait-on appliquer les mêmes mesures pour tenter de régler la crise climatique que celle du Covid-19 ? Une analyse fine et argumentée des sources de l’échec des politiques sociales et écologiques par Maxime Combes dans cet article de Politis qui aboutit au refus d’un retour à la situation pré-pandémie.

« Je suis la plus ravageuse production du ravage de la production. […] C’est une civilisation, et non vous, que je viens enterrer » Un texte extrêmement original, qui fait parler le virus à nos oreilles et nous invite à rechercher les vrais responsabilités, ainsi qu’à se saisir de l’opportunité de regarder en face le superflu de ce que nous abandonnons, et la nécessité extrême de ce qui nous reste et de ce que nous devons défendre. Le contenu est percutant et la langue magnifique. On s’autorisera toutefois à ne pas être d’accord avec tout… Monologue du Virus, un article traduit en plusieurs langues paru dans lundimatin.

« Nous ne sommes pas mobilisés par les armes mais par l’Intelligence du vivant qui nous contraint à la pause ».Au lendemain de la mise en place du confinement et du choc créé par l’usage du champ lexical de la guerre par E. Macron, Sophie Mainguy, urgentiste, déconstruit avec modestie et pertinence la frontière entre sauvegarde de notre espèce et de la planète. Un texte court et percutant. Article de Sophie Mainguy, urgentiste

« Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques » Une longue tribune écrite dès les premiers jours du confinement par des syndicats et des associations environnementales pour dénoncer les responsabilités dans la crise en cours et imposer par la mobilisation citoyenne un changement radical dans les politiques publiques, sans reproduire les erreurs de 2008.

Crise écologique et crise sanitaire

« Curieusement, je pense que le bilan du coronavirus pourrait être positif, si l’on considère les décès dus à la pollution atmosphérique ». Non, ce n’est pas de la provocation mais un calcul très sérieux : à l’échelle mondiale, la pandémie de coronavirus, et le confinement associé, devrait sauver plus de vies qu’elle n’en emportera. On en revient à ce qu’on disait : le problème c’est ce qu’il se passe « en temps normal » (pas si normal donc…). Un article de Forbes qui cite largement François Gemmene.

« Par rapport à ce qui nous attend avec le climat, et avec les autres problèmes écologiques, le coronavirus c’est peanuts ». Dans une interview à la télévision suisse, Dominique Bourg résume ainsi la situation. Oui, la crise du coronavirus est grave. Non, ce n’est pas la crise sanitaire du siècle. La crise c’est ce qu’il se passe tout le reste du temps, partout, sans que personne n’en parle. En Chine, la purification de l’air liée au confinement sauve plus de vies que le virus n’en a enlevé. Une comparaison éloquente. Et que dire des crises climatiques et de l’effondrement du vivant en cours, nous menant inexorablement à de colossales crises de surmortalité dans les années à venir ?

« Le changement climatique n’est pas une crise : c’est une transformation irréversible. Il n’y aura pas de retour à la normale, pas de vaccin contre le changement climatique. » Sur les écueils d’une réflexion simplificatrice qui laisserait penser que la lutte contre le Covid-19 nous a mis sur la voie de la lutte contre le changement climatique. Au contraire, dans un article très clair et très complet du Soir, François Gemmene nous montre que les États risquent de remettre en causes toutes les politiques climatiques et que les deux crises ont des différences profondes qu’il convient de ne pas oublier.

Une interview de F. Gemmene dans la Terre au Carré sur la question de nos réactions face aux crises : pourquoi sommes nous capable d’une telle puissance de réaction face au Covid-19 alors que nous restons majoritairement passifs et passives devant le danger bien plus grand du changement climatique ? Une interview intéressante pour penser la manière dont on parle du péril écologique en tant que scientifiques, enseignant·e·s….

Liens entre le virus et la destruction du vivant (déforestation, extinction de la biodiversité)

« Il y a un lien étroit entre le fait que l’homme est l’espèce capable de supprimer le plus grand nombre d’autres espèces vivantes et de détruire la plupart des habitats naturels, et que les virus ont trouvé en l’homme, l’espèce dominante, le meilleur moyen pour se propager«  Sur le site du mouvement des Colibris, en 14 séquences de questions-réponses (d’une durée 1 à 5 minutes) l’écologue Jean-François Guégan décrit « l’effet boomerang » que constitue cette épidémie par rapport à notre modèle de développement. Quel est le rôle des animaux dans cette pandémie? Est-ce que les virus se transmettent toujours par les mêmes animaux? Les animaux vecteurs du virus risquent-ils d’être abattus massivement? L’interdiction de la vente des animaux sauvages serait-elle efficace? Faut-il décoloniser une partie de la planète pour éviter de nouvelles pandémies? Un format de ressource très pratique à utiliser avec les élèves.

« La présence d’un réservoir important de virus de type SARS-CoV dans les chauves-souris Rhinolophidae combiné avec l’élevage pour la consommation de mammifères exotiques dans le sud de la Chine est une bombe à retardement. Cette bombe à retardement semble avoir explosé en novembre 2019 avec le Covid-19…« 
Écrit par des chercheuses et chercheurs du Muséum national d’Histoire Naturelle, cet article paru dans The Conversation fait partie de la chronique scientifique « En direct des espèces » et vise à expliquer les liens entre origine du Covid et biodiversité. Des exemples clairs et des chiffres utiles pour exposer le concept de « zoonose » et des chaînes de transmission jusqu’à l’humain aux élèves.

« Ce qui me frappe toujours, c’est l’indifférence au point de départ. Comme si la société ne s’intéressait qu’au point d’arrivée : le vaccin, les traitements, la réanimation. Mais pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital. Or c’est impressionnant de voir à quel point on le néglige. L’indifférence aux marchés d’animaux sauvages dans le monde est dramatique. On dit que ces marchés rapportent autant d’argent que le marché de la drogue. Au Mexique, il y a un tel trafic que les douaniers retrouvent même des pangolins dans des valises… » Un article dense et extrêmement complet, issu d’un entretien avec le Pr Sicard. Où l’on comprend le lien ténu entre l’exploitation des animaux sauvages par l’être humain et les coronavirus, ainsi que l’importance du maintien d’une recherche publique internationale sur ces épidémies, bien mise à mal par les coupes budgétaires. Un article paru sur le site de France Culture

 » Je crains que nous vivions les dernières flambées de maladies infectieuses venant de la faune sauvage avant sa disparition totale : assistons-nous aux ultimes contacts avec une biodiversité en crise majeure, avant l’émergence d’autres maladies non infectieuses comme celles auto-immunes ou allergiques dues également à la baisse de biodiversité ? » L’auteur de « La prochaine peste » paru chez Fayard en 2016 donne ici dans un article de Marianne sa vision de l’avenir de la biodiversité via le prisme des maladies transmises des animaux sauvages vers les humains. Un texte intéressant notamment pour le concept de « pathosystème » qui y est développé.

« Quand l’idiot montre le pangolin, le sage regarde la déforestation« . 60% des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses qui se multiplient depuis plusieurs décennies à cause de l’impact de certaines activités humaines (déforestation, élevage industriel, intensification de l’agriculture, transports rapides sur de longues distances). Dans cet épisode de C’est pas du vent, sur RFI, Anne-Marie Bras et ses invités font le point.

Rôle de l’Etat et services publics (de santé essentiellement)

« Les marchés se nourrissent de la confiance comme d’une monnaie pour construire le futur, et il s’avère que la confiance se fonde sur l’hypothèse de la santé » Dans un long article publié par l’Obs, la célèvre sociologue Eva Illouz nous rappelle à quel point la santé des populations est la base du contrat entre une population et l’autorité étatique, et la base de toute vie économique. Cette dernière évidence a été largement négligée par le modèle néolibéral, qui a largement scié la branche sur laquelle il était assis. Le parallèle avec l’évidence de la nécessité de préserver un monde habitable est facile à faire avec des élèves (et l’autrice évoque ce point). Un article qu’on peut facilement segmenter et qui est écrit dans une langue très accessible.

« Nous, Occidentaux, avons donc adopté une stratégie moyen-âgeuse, celle du confinement […], alors qu’une toute petite fraction d’entre nous est infectée […] Mais, si faible soit-elle, cette dernière fraction est encore supérieure à la capacité de charge ridicule de nos hôpitaux. » Dans un article en ligne sur Reporterre, Gaël Giraud nous démontre avec énormément de rigueur à quel point la situation actuelle est le fruit de nombreuses années de saccage des services publics de santé, et que, même dans l’urgence, bien d’autres stratégies que le confinement généralisé de la population s’offraient à nous.

Recours au numérique

« Cette épidémie s’avère aussi un signal d’alarme à propos du numérique » Ce que la crise du COVID-19 nous apprend sur les risques du numérique. Du télétravail à la surveillance généralisée au nom de la sécurité ou de la santé publique. Et les alternatives possibles. Un texte politique, contre les dangers que le capitalisme, numérique ici, fait courir à la démocratie et la nécessité de faire d’autres choix. Une interview du sociologue Antonio Casilli qui nous éclaire à la croisée des chemins. »

D’autres références à venir

Inégalités face à la crise

« Il n’est pas interdit d’espérer qu’à la « guerre sanitaire » succédera une bataille politique et sociale pour que les habitants des quartiers populaires ne soient plus considérés comme une menace, mais voient leurs mérites reconnus » Des couvertures de « Valeurs Actuelles » à l’ostracisation des pauvres pendant les pestes du Moyen-Âge, le voyage dans le temps auquel nous convie les deux sociologues Renaud Epstein et Thomas Kirszbaum est percutant. À la fois boucs-émissaires et menace pour la bonne menée de la « guerre sanitaire », les habitants des « quartiers qui n’ont de prioritaires que le nom » sont depuis toujours accusées par la morale des plus riches d’être de puissants vecteurs d’épidémie. Dans cet article à charge publié dans la revue en ligne AOC, les auteurs défendent au contraire que, si ces populations fragiles économiquement sont les plus touchées, c’est certes en raison de leur mode de vie, mais dans le sens où les services qu’ils rendent à la bourgeoisie les prédisposent à la surexposition au virus. Aboutissant au fait que, à l’injustice socio-économique, s’ajoute celle de la non-reconnaissance de leur courage.

« En Inde, l’impossible confinement? » En Inde, l’application d’un confinement calqué sur le modèle des pays occidentaux est une mesure inapplicable, et même dangereuse pour les populations les plus pauvres. Plus de 300 millions d’Indiens sont « pauvres », c’est à dire très pauvres (moins d’un euro par jour pour vivre). Pour ceux qui vivent dans des bidonvilles et survivent grâce à des activités journalières désormais interdites, la menace la plus immédiate n’est pas le virus mais la faim. Les mesures de « distanciation sociale » sont appliquées sans aucune logique, et ne prennent pas en compte les besoins les plus élémentaires des millions d’habitants en grande précarité : boire et manger. Un document de 30 min environ présenté sur Envoyé Spécial le 9 avril.

Entrevoir et préparer le monde d’après

« La stratégie du choc » : Le coronavirus a brusquement fait sortir le monde du « Business as usual ». Dans cette vidéo de Partager c’est Sympa, Vincent Verzat rappelle que si l’atmosphère terrestre et la biodiversité profitent du court répit qui leur est offert par le confinement mondial, la « stratégie du choc », un concept qui s’appuie sur les travaux de l’analyste canadienne Naomi Klein, se dessine déjà à l’horizon des mesures politiques en cours. Stratégie déjà éprouvée dans l’histoire, elle pourrait aggraver encore la destruction de la planète et l’accroissement des inégalités par un « plan de relance » des plus anti-écologiques, et anti-éthiques. Un·e citoyen·ne vigilant·e en vaut deux…

« La crise du coronavirus pourrait constituer une répétition générale qui préfigure la dissolution des derniers foyers de résistance au capitalisme numérique et à l’avènement d’une société sans contact » Dans cet article en accès libre du Monde Diplomatique, Serge Halimi nous décrit avec précision pourquoi nos libertés pourraient ne pas se remettre de la crise sanitaire, et pourquoi notre modèle économique pourrait basculer vers un capitalisme encore plus écrasant, et en appelle dés maintenant, à un programme de rupture.

« Le coronavirus arrive avec un basculement culturel qui n’avait pas du tout eu lieu en 2007-2008 » L’épidémie de Covid-19 conduit à un changement irréversible de nos sociétés pour Dominique Bourg dans cet entretien publié dans 20 minutes. Le virus a selon lui déjà rebattu les cartes de façons inéluctable (il mise sur l’abandon même du principe de remboursement des dettes, ou sur l’assurance d’une défaite de Trump aux présidentielles américaines), d’autant plus que la société est dorénavant prête à accepter un changement profond de civilisation. Un article qui, étrangement, permet l’optimisme.

 » Cette crise sanitaire est aussi une crise de civilisation« . Charles Einsenstein, l’auteur du livre « Notre coeur sait qu’un monde plus beau est possible » (à paraitre ce mois de juin aux Editions Jouvence) en met à jour les racines culturelles profondes : civilisation du contrôle fondée sur la peur de la mort et le schème de la séparation. Un long article lucide et inspirant pour un diagnostic s’inscrivant, à la croisée des chemins, dans la perspective d’une révolution spirituelle plus que jamais ouverte par la rupture soudaine de notre monde en tension.

Cette sélection est le fruit d’un repérage effectué par les membres d’EPLP, dans le respect de la biodiversité interne de notre collectif et des sensibilités de chacun.e.

Les propos tenus dans ces articles n’engagent pas le collectif.